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Intervention de Jean Pierre ROUME au Conseil Municipal d'AURILLAC (17 Octobre 2013)

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Qui dans cette assemblée souhaite la fermeture de la Réa du CMC ? Personne.
Qui l’exige dans la population ? Personne.
Et pourtant nous sommes amenés à en parler. L’annonce de l’ARS de fermeture de la Réa du CMC a suscité beaucoup, beaucoup d’émotions amenant un mouvement d’opinions très fort localement, c’est un fait. Tout ce qui touche aux questions de santé engendre de telles mobilisations partout où des problèmes de ce type se posent.

Comme l’avenir semble tellement sombre, nos concitoyens réagissent à telles annonces, et se créent des actions qui elles-mêmes peuvent ajouter de la peur à la peur, quand des propos excessifs sont tenus.
D’abord il y a besoin de comprendre. En 2009 a été votée une loi dite Hôpital, Patients Santé et Territoire.
Roselyne Bachelot, ministre de la santé du gouvernement Fillon sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a, avec cette loi, modifié les pouvoirs dans le secteur de la santé.
Et ce sont les directeurs des agences régionales de santé, les ARS, qui ont des pouvoirs renforcés amenant des fonctionnements on ne peut plus antidémocratiques.
Ils sont aujourd’hui de supers préfets sanitaires aux missions très claires. Les directeurs d’ARS, chefs d’entreprises d’un type nouveau, n’ont qu’un seul objectif : la rentabilité. Le patient est devenu une marchandise et les personnels dans le public comme dans le privé ne sont plus que des variables d’ajustements. Les directeurs n’ayant des comptes à rendre qu’au ministère.
Objectif : réduire les dépenses de santé, transférer des actes du public vers le privé, faire entrer le privé dans le public.

Cela a amené des mouvements de fonds financiers par centaines de millions d’euros du public vers le privé. Au détriment de la santé, des patients, des personnels, des territoires.
C’est la raison pour laquelle nos pensées vont d’abord au personnel du CMC dont les effectifs ont fondu de 50 emplois dans la dernière période, avant même la fermeture de la Réa.
L’hôpital public d’Aurillac quant à lui, ne remplace pas tous les départs en retraite, ne recrute pas d’auxiliaires en cas d’absence, mais nous n’arrivons pas à avoir de chiffres. Peut-être que le président du conseil de surveillance pourra nous en dire un peu plus tout à l’heure.
La marchandisation de la santé est massive pour le plus grand bonheur des groupes privés de santé qui, il faut le dire, bénéficient, grâce au système français de sécurité sociale, d’une manne considérable.
Qui sont ces groupes privés de santé et à qui appartiennent-ils ? La générale de santé, 175 établissements en France, est dotée majoritairement de capitaux italiens.
Deuxième groupe français, Vitalia, dont fait partie le CMC, 46 cliniques, appartenait en 2008 au fond de pension américain Blackstone, Capio, 26 établissements, fonds américains, Médi-partenaires, 22 cliniques, fonds britanniques etc. ... etc. ...
Ce sont en tout des centaines de millions d’euros qui sont reversés en dividendes aux actionnaires.

Mais l’ARS Auvergne, dans les missions qui sont les siennes, envisage de fermer un service de Réa sur 2 à Aurillac. Vous en conviendrez, le problème de fond, c’est le coût du capital.
Alors mon premier message s’adresse aux élus de l’opposition UMP du Conseil Municipal. Vous seriez bien inspirés de faire l’autocritique de votre politique qui nous amène dans cette situation.
Mon deuxième message est pour nos collègues socialistes, aidez-nous camarades socialistes, aidez-nous à faire changer de cap l’actuel gouvernement car si la loi de finance 2014 est mise en oeuvre telle quelle, le projet de financement de la sécurité sociale en 2014 envisage encore une baisse budgétaire, les problèmes vont croître. Aidez-nous à ce que les promesses du candidat Hollande qui a assuré fin 2011 remettre en cause le paiement à l’acte dans l’hôpital public, soient tenues, aidez-nous à démocratiser les ARS, aidez-nous à sortir de cette logique de concurrence pour aller vers une logique de complémentarité entre les établissements publics et privés.

J’ai bien peur que si les choses restent en l’état, nous soyons à nouveau amenés à examiner des voeux de ce type au sein de notre assemblée.

Vous l’aurez bien compris le communiste que je suis est plutôt sceptique quant à l’adoption d’un tel voeu.
D’abord parce que les premiers responsables de cette situation vont le voter, ensuite car si rien ne change dans les orientations politiques nationales, ce sera un coup d’épée dans l’eau.
Deux services de Réa à Aurillac, ça nous va très bien mais avec les logiques en oeuvre, inévitablement dans un avenir proche, si rien ne change, nous serons amenés à choisir. Choisir entre une Réa au CMC ou une Réa à l’hôpital. Si tel était le cas, il n’y a pour nous aucune ambigüité, c’est l’hôpital qui doit garder la réa. Parce qu’avec 700 millions d’euros de chiffre d’affaires, Vitalia aurait les moyens financiers de maintenir l’emploi et que d’autres cliniques de ce groupe comme celle de la châtaigneraie à Beaumont, fonctionnent très bien sans réa, ensuite parce que l’hôpital public est encore celui qui répond le mieux aux besoins des populations pour la prise en charge des pathologies les plus lourdes.
Même si je le redis, 2 services de Réa à Aurillac ça nous va très bien.

Le voeu qui nous est soumis ce soir a été adopté à l’unanimité au conseil général mais je vous rappelle que pour l’instant, aucun communiste ne siège dans l’assemblée départementale.
C’est inscrit dans les statuts du PCF, les élus communistes ont liberté de vote dans les assemblées où ils siègent.
Ce soir chacun d’entre nous se prononcera donc individuellement et en conscience.
Pour ma part je considère qu’entre une droite entièrement responsable de cette situation et le gouvernement actuel qui n’a pas encore remis en cause ces logiques de fond, néfastes pour le secteur de la santé, ce voeu ne va consister qu’à organiser une vaste « mascarade politicienne ». C’est la raison pour laquelle je refuse catégoriquement de prendre part à ce vote.

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