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Lettre de la JC Cantal aux parlementaires Cantaliens

Madame, Monsieur,

Au mois de février et de mars prochains, en qualité de représentant de la Nation, vous aurez à exprimer votre positionnement sur le projet de modification constitutionnelle dit de « protection de la Nation ». Ce dernier comporte deux articles, l’un constitutionnalisant l’état d’urgence déclaré depuis le mois de novembre dernier, l’autre permettant la déchéance de nationalité pour les citoyens dits « binationaux », nés Français.
Après les terribles attentats qui ont marqué l’année 2015, la période historique que traverse notre pays est troublée. La situation politique l’est également plus que jamais et nos concitoyens sont déstabilisés. Compte-tenu de ce contexte, nous en appelons à votre responsabilité dans les choix que vous avez à exprimer en tant qu’élu de la République.

Si des mesures spécifiques ont été nécessaires au lendemain direct des attentats, nous considérons que l’acharnement gouvernemental de la période nous enfonce dans une dérive sécuritaire dangereuse, et qui n’est pas à la hauteur des enjeux auxquels l’Etat doit faire face.

En premier lieu, l’état d’urgence n’a déjà que trop duré. De partout sur le territoire, les échos des abus répétés de ce dispositif nous parviennent. Les perquisitions, les assignations à résidence, les restrictions de libertés sans lien avec la lutte contre le terrorisme ne sont pas acceptables. L’inscription de cet état d’exception dans la constitution ne peut que rendre plus évidente encore la remise en cause de l’Etat de droit, déjà engagée par le gouvernement. Cette mesure ne permettrait pas de préserver d’avantage l’intérêt national et encore moins les intérêts de la population. C’est la suspicion de tous, la peur pour chacun, et la négation des procédures de justice que l’on s’apprête à constitutionnaliser.

De plus, l’article portant sur la déchéance de nationalité est à nos yeux scandaleux, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, cette proposition est révoltante au regard du fait qu’elle remet en question le principe de droit du sol, cher à la République française. Cela institue l’inégalité et la différence de traitement entre différentes catégories de citoyens français, créées pour l’occasion. Dans le climat de divisions et de discriminations que nous connaissons, et que de nombreux citoyens subissent déjà, une telle mesure ajoute de l’huile sur le feu.

Enfin, ce projet de révision constitutionnelle est inefficace pour lutter contre la menace terroriste. Semer la division et instituer l’objectif sécuritaire ne constitue en rien une solution. C’est sur la désespérance et la précarité, subies de plein fouet par notre génération, que prospèrent les extrémismes de tous bords et la violence qui en résulte. Or, ces mesures ne s’attaquent pas aux causes du problème et elles n’en effleurent qu’à peine les conséquences. Si les effets d’annonce sont forts, leur contenu n’est absolument pas approprié à la situation.

Le Président de la République lui-même, lors de ses voeux, a concédé à demi-mot un état d’urgence économique et social. Celui-ci est bien réel. Il s’agit d’y mettre fin en passant de la parole aux actes, de même qu’il est urgent d’en finir avec les aventures guerrières de la France à travers le monde, en particulier au Moyen-Orient.

Au quotidien nous agissons pour lutter contre les divisions et toutes les formes d’exclusions dont notre génération est victime. Les milliers de jeunes qui nous rejoignent et que nous rencontrons, qui ont grandi dans la crise, partagent cette volonté de ne pas vivre dans la peur et dans la Guerre.

Pour ces raisons, et au nom de tous les jeunes dont la principale aspiration est de construire leur avenir, nous vous demandons de vous prononcer contre ce projet. Nous vous remercions de porter attention à nos revendications pour la liberté, l’égalité et la dignité.

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations républicaines.

Sébastien PRAT,
Coordinateur départemental du MJCF Cantal

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